Currer Bell Residency #4 – Fleur Leclère

Fleur Leclère, former student of ESADHaR Le Havre Rouen, started her residency in Saint-Nazaire earlier this year. It resulted in two specific projects dedicated to plants, one around the gorse and the other around blackberry.

Find two texts by herself and Jean-Louis Vincendeau of Currer Bell College as well as images of the work realized and shown in Saint-Nazaire.

Since the spring I have been looking forward to making summer dyes from primrose, blackberry, elderberry and other wild berries. I am attracted to the shades of colour they can produce. From my childhood I have memories of blackberry and elderberry jelly. Moments of picking, at the edge of gardens, roads, fields and abandoned barns in the village. These berries, round, fleshy and greedy, with their soft and smooth flesh, seemed to me like treasures, and the reward for the sting of brambles and the heavy heat. The warmth of the fruit and the dampness of the air and the body merged. The human body and the body of the fruit were full of water. The bounty of the flesh spread out, staining our fingers. Once this stage was over, the fruit was macerated with the sugar in the copper basin. Once the cooking stage was over, it was time for the pressing. This involved turning and pressing the cloth filled with the cooked sweet fruit to extract the liquid. An almost black juice. As it dried on the cloth, the colour faded and darkened. The most beautiful colour for me was that of the fruit being crushed by the cloth, a “hot plum”. We should be able to fix this stage for eternity.

One experience was revealing during my studies. I once had to dye a large sheet in the washing machine. While it was still wet I had created very slight shades with a brush. I had no other solution than to hang the sheet on a clothesline in a large enough yard. Thus I had confronted myself with dyeing with a brush, for the first time without a hard surface behind, feeling the softness of the fabric modified by the wind that was manipulating the sheet that day. This rather harmless experience marked me. It changed my creative routine. The moment, the circumstance, the physical gesture and above all the way of feeling differently from the known mediums, in this case textile and dyeing, sounded like a really new experience to me.

Since then I have been looking for these “dreamlike experiences”, between the known and the unknown, between comfort and discomfort, between the familiar and the strange. Starting with a small and minimal element, the gorse flower and then the blackberry, extracted from the local landscape, allows me to explore an open, poetic and imaginary landscape. I let myself go in the experimentation with the blackberry, dyeing, crushing, letting it rest, re-crushing, “painting-crushing”, “painting-painting”, “hand-wiping”. The small berry opens to an infinity of possibilities. This is how I like to work, far from the masterly, through empirical research. Thus motifs, materials, effects, colours, shapes and objects are born from the blackberry. Broom seed pods in the oblong box suggest a continuation, the germination of a future project, the seed of which is already there and already exists, because everything already exists in us.


Depuis le printemps je rêvais avec impatience, de faire l’été venu, des teintures de roses-tremières, mûres, sureaux, et autres baies sauvages. J’ai un attrait pour les nuances de couleurs qu’elles peuvent produire. De mon enfance je garde des souvenirs liés à la gelée de mûre et de sureau. Des moments de cueillette, en bordure de jardin, de route, de champ et de granges abandonnées du village. Ces baies, rondes charnues et gourmandes, à la chair douce et lisse m’apparaissaient comme des trésors, et la récompense face aux piqûres de ronces et à la chaleur pesante. Chaleur des fruits et moiteur de l’air et du corps se confondaient. Corps humain et corps du fruit gorgés d’eau. La générosité de la chair se répandait en nous colorant les doigts. Cette étape terminée, venait celle de la macération des fruits avec le sucre dans la bassine de cuivre. L’étape de cuisson terminée, venait celle du pressage. Il s’agissait de tourner et presser le torchon rempli des fruits sucrés cuits pour en extraire le liquide. Un jus presque noir. En séchant sur le torchon, la couleur ternissait et s’assombrissait. La couleur la plus belle était, pour moi, celle du fruit en train d’être écrasé par le torchon, un « prune chaud ». Il faudrait pouvoir fixer cette étape pour l’éternité. 

Une expérience a été révélatrice au cours de mes études. Une fois j’ai eu à teindre un grand drap en machine à laver. Alors qu’il était encore humide j’avais créé de très légères nuances au pinceau. Je n’avais eu d’autre solution que de tendre ce drap à une corde à linge dans une cour suffisamment grande. Ainsi je m’étais confrontée à teindre avec un pinceau, pour la première fois sans surface dure derrière, en ressentant la mollesse du tissu modifiée par le vent qui manipulait le drap ce jour là. Cette expérience assez anodine m’a marquée. Elle changeait ma « routine » de création. Le moment, l’instant, la circonstance, le geste physique et surtout la manière de ressentir différemment des médiums connus, ici le textile et la teinture, avait sonné en moi comme une expérience réellement nouvelle.

Depuis je cherche à nouveau à vivre ces « expériences oniriques », entre connu et inconnu, entre confort et inconfort, entre familier et étrange. Partir d’un élément restreint et minime, la fleur d’ajonc puis la mûre, extrait du paysage local, me permet d’explorer un paysage ouvert, poétique et imaginaire. Je me suis laissée aller dans l’expérimentation avec la mûre, teindre, écraser, laisser reposer, ré-écraser, « peindreécraser », « peindreteindre », « mainmatierer », « mainessuyer ». La petite baie ouvre à une infinité de possibilités. C’est ainsi que j’aime travailler, loin du magistral, par une recherche empirique. Ainsi motifs, matières, effets, couleurs, formes et objets sont nées de la mûre. Des gousses de graines de genêt dans la boîte oblongue laissent présumer une suite, la germination d’un futur projet, dont la graine est déjà là et existe déjà, car tout existe déjà en nous.

Fleur Leclère

During a first visit in February to discover the town and the surrounding region, Fleur Leclère discovers the Fort de l’Eve and its many gorse flowers: she decided to try a vegetable dye from these deep yellow flowers. She tries out some handkerchiefs, some of which have a pattern, and she reveals some of these patterns by embroidering over them.

On the first day of the second residency she talks about dark coloured hollyhocks and also blackberries, not to make jelly but to dye, underneath the technical aspect I sense an emotional tone. Gorse flowers in February, blackberries in September, each season has its own colour.

A meeting with a botanist leads to a walk on the Jaquet Islands: this gives us the opportunity to see and imagine a discreet aesthetic of the earth, partly resituated in the universe of perception, because, at present, we cannot see the water that surrounds them.

Fleur Leclère takes notes in a notebook, she seizes all this information to integrate it or not in her ongoing research.

Minimal discoveries such as these cilice points on the reed leaves called “devil’s teeth”, hence our remarks on the infra-thin. We walk around these two groves, through which air and light flow. Our guide knows how to read the slightest footprint on the ground and identify the most discreet bird songs.

After this discovery, Fleur’s “terrain” becomes clearer and the decisive choice is blackberry bushes. The dyeing began, including one on a good-sized sheet.

Blackberries on all sorts of supports, of various colours according to the insistence of the passages, the layers and the stirring gestures. The artist’s body is mobilised differently each time by the specific process: embroidery implies a seated position and an attentive gaze, dyeing implies positions that are most often standing.

Another encounter was important, that with a person who makes paper, from another generation, who is looking for forgotten techniques that may seem outdated but which, through their empirical research, carry a certain poetic message. She collects all kinds of plants around her house to make paper in her own way.

The presentation of Fleur Leclère’s work in progress took place in an empty room lent for the occasion by a cultural association from Trignac, the ATLC.

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Un premier séjour en février pour découvrir la ville et la proche région, Fleur Leclère découvre le Fort de l’Eve et ses nombreux ajoncs en fleur : elle décide de tenter une teinture végétale à partir de ces fleurs d’un jaune profond. Elle réalise des essais sur des mouchoirs, certains de ces mouchoirs ont un motif, elle révèle certains de ces motifs en brodant par-dessus.

Le premier jour de la deuxième résidence elle parle de roses trémières de couleur sombre et aussi de mûres, non pas pour en faire de la gelée mais de la teinture, sous l’aspect technique je sens une tonalité affective. Des fleurs d’ajoncs en février, des mûres en septembre à chaque saison sa couleur. 

Une rencontre avec un botaniste débouche sur une promenade aux îles Jaquet : cela nous donne à voir et à imaginer une discrète esthétique du terrestre en partie resituée dans l’univers de la perception, car, actuellement, nous ne voyons pas l’eau qui les entoure.

Fleur Leclère prend des notes sur un carnet, elle s’empare de toutes ces informations pour les intégrer ou non dans sa recherche en cours.

Découvertes minimales comme ces points de cilice sur les feuilles de roseaux appelés « dents du diable », d’où nos remarques sur l’infra mince.  Nous tournons autour de ces deux bosquets traversés d’air et de lumière. Notre guide sait lire la moindre empreinte au sol et identifier les plus discrets chants d’oiseaux.

Retour au fort de l’Eve pour Fleur, après cette découverte son « terrain » se précise et le choix décisif se porte sur les baies de mûres. Les teintures commencent dont une sur un drap de bonne taille.

Des mûres sur toutes sortes de supports, de couleurs variées selon l’insistance des passages, des couches et des gestes de brassages. Le corps de l’artiste est mobilisé à chaque fois différemment par la démarche spécifique : la broderie implique une position assise et un regard attentif, la teinture implique des positions le plus souvent debout. 

Une autre rencontre a compté, celle avec une personne qui fabrique du papier, d’une autre génération, cette dernière recherche des techniques oubliées qui peuvent paraître dépassées mais qui par leur recherche empirique portent un certain message poétique. Elle cueille toutes sortes de végétaux autour de sa maison pour en faire du papier à sa façon.

La présentation du travail en cours de Fleur Leclère a eu lieu dans une chambre vide prêtée pour l’occasion par une association culturelle de Trignac, l’ATLC.

Jean-Louis Vincendeau


The fourteenth was purple pink, like the intimidated cheeks when a pretty girl talks to you and you try to listen to her, or at least to give the illusion that you’re not just contemplating her person, or at least her body.

The fifteenth was nacarat red, like the cherry of which I dream, held by the fine, delicate, white hand of the odalisque stretched out on her meridian looking at you.

The sixteenth was metallic fuchsia pink, as ugly as Jeff Koons’ Balloon Dog sculpture in front of the François Pinault Foundation in Venice.

The seventeenth was a deceptive pink where the pink has lost all its brilliance, which has become grey, car grey, carpet grey, dirty windows grey, architecture grey, sky grey.

The eighteenth was peachy pink, like the architectural stripes of the Grand’Mare high-rise buildings.

The nineteenth was fleshy pink, like babies that we don’t know how to carry, that seem to be lunatic to the extreme, oscillating between smiles and tears.

The twentieth was old pink, like the Jardin de Mimi patchwork with triangles of pink and green cameos that is falling apart on my chair.

The twenty-first was Mountbatten pink like the edges of the school’s playground roof.

The twenty-second was salmon pink like the box containing a whole salmon that a man was carrying on the bus this morning.

The twenty-third was future pink like the unknown but charming future.

The twenty-fourth may be scarlet like after reading this text.

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